Ou la passion portée à son apogée

Quelle est la motivation qui pousse un cyclotouriste à guider ses roues vers l’inconnu, vers ces cols escarpés et inhospitaliers du bout du monde, parmi les plus hauts de la planète ?
-Une passion poussée à l’extrême ?
-Une soif de découverte ?
-Peut être tout simplement une irrésistible envie d’atteindre ses limites, de réaliser un rêve secret.
Tout sportif, qu’il soit professionnel ou de loisir aime à se fixer une marge, un but suprême à atteindre, si possible une fois dans sa vie.Tout cet ensemble conditionne, agit et tire de façon irrésistible l’individu vers ses limites les plus secrètes, vers le sommet de sa passion dont il rêve depuis toujours.

Le Tibet étant considéré comme le toit du monde, il est donc logique et naturel que cette destination mythique attire et fascine au point qu’elle devienne un objectif prioritaire. Une façon de dire : « J’ai enfin atteint mon objectif et le sommet de ma passion ».
-Ni vainqueur ni vaincu : Une bien belle définition du sport loisir !!!!!
-Que des passionnés : « Que cela soit dit, entendu et écrit »

Cette citation de mon copain Norbert concerne une quinzaine de cyclotouristes attirés et poussés par une passion commune et aventureuse à la découverte du monde. Des rives de la mer Morte, aux sables brûlants du désert du Wadi Rum en Jordanie par 50 °, au bivouac à 4.800 mètres par – 10° sur les pentes du col Lalungla, cette joyeuse bande de copains porte la passion du cyclotourisme à son apogée et valorise le sport loisir, celui dont on ne parle jamais, mais de loin le plus beau, le plus pur et le plus noble.
Oui, Norbert, « Que cela soit dit, c’est maintenant écrit ». Je me permets d’affirmer au nom de tous que ce raid Tibétain a mobilisé bien des ardeurs et une volonté évidente pour parvenir au sommet de notre rêve, de ces cols mythiques à plus de 5.000 mètres, froids, inhospitaliers et balayés par le vent et la neige, mais qui font aujourd’hui notre fierté et nos meilleurs souvenirs.

-Sans la passion, y serions-nous parvenus ?

PARIS / PEKIN

Non il ne s’agit pas de rallier Pékin à vélo et d’imiter les 150 cyclos, partis de Paris un matin de mars pour rejoindre la grande muraille et l’ouverture des jeux Olympique de 2008. Un fabuleux raid à travers des steppes Mongoles et de l’Asie centrale. Pour nous, se sera tout juste un banal vol que l’on appelle long courrier et qui vous permet de traverser sans escale une partie du monde et de vous déposer à pied d’œuvre au début du voyage. Magie du progrès qui met à la portée de chacun les destinations les plus lointaines, avec pourtant un inconvénient de taille, celui de partager l’intimité corporelle de votre voisin de siège en raison d’un espace plus que réduit….

PEKIN

L’entrée dans Pékin, capitale d’un pays au potentiel humain et énergétique impressionnant est un moment solennel et j’avoue être impressionné par le gigantisme de cette capitale.
Sur l’autoroute reliant l’aéroport à la ville, la circulation est dense et malgré l’heure matinale, les 5 files de circulation sont presque à saturation. Tout au long du parcours, des massifs de fleurs soigneusement entretenus occupent toute la longueur de l’avenue. Au sol subsistent encore à intervalles réguliers les 5 anneaux des récents Jeux Olympique de 2008. Au loin, noyés dans la brume, on distingue à peine les premières tours de la ville. Brouillard ou pollution, nous sommes vite fixés : à l’entrée de la ville nous constatons qu’il s’agit bien d’une pollution tenace, entretenue par une activité et une circulation au bord de l’asphyxie. Dès les premières heures, la ville est déjà en pleine activité et impressionne par son dynamisme. Piétons, cyclistes, motards et automobilistes se côtoient en silence, chacun préoccupé par ses projets journaliers.

Cette capitale en mouvement évoque l’image d’un ogre affamé toujours à la recherche de nouvelles proies et ce cliché imaginaire me rappelle une phrase célèbre.
 Quand la Chine s éveillera, le monde tremblera »
Cette citation de Napoléon, grand visionnaire pour son époque, a fait le titre d’un livre écrit par Alain Pierrefitte, homme politique et ministre à plusieurs reprises du Général De Gaulle et grand spécialiste de la Chine. Ce livre, avec un large regard sur le futur, annonce avec un réalisme surprenant, l’ascension irrésistible de ce gigantesque pays. Une ascension difficilement contrôlable dans sa marche en avant à la conquête du monde. Aujourd’hui l’on peut affirmer sans erreur possible que ce grand pays est parfaitement réveillé et déjà engagé dans sa conquête commerciale avec comme outils son énorme potentiel humain entièrement dévoué à la grandeur du pays. Avec ses grandes et larges avenues, ses immeubles ultra modernes, les quartiers d’affaires où les plus grandes marques de l’industrie mondiale sont représentées, cette ville est à l’écoute et ouverte sur le monde des affaires y compris celles du luxe et de la démesure.

La Cité interdite, la place Tienanmen avec le triste souvenir des événements du 4 juin 1989, le centre ville illuminé de mille feux, tout n’est que néons gigantesques, écrans publicitaires géants vantant la beauté des sites prestigieux du tourisme Chinois. L’ensemble grouille de vie et l’on sent un élan et une spontanéité peu commune des piétons à participer à l’élan général. Cette place, Tienanmen, l’une des plus grande du monde, est aujourd’hui le centre touristique et culturel de la capitale où la population branchée de Pékin et les touristes aiment à se rassembler et à déambuler dans les nombreuses rues piétonnes du secteur. Du haut de son mausolée, Mao, le père de la révolution d’octobre, contemple son œuvre. Le réveil de la Chine est maintenant une réalité. Pour le meilleur et peut être demain pour le pire, un milliard et demi d’habitants marchent vers le progrès à la recherche de son idéal.

Où s’arrêtera-t-il ? Difficile à prévoir !!!!! Une telle masse en mouvement est difficilement contrôlable….

Durant ces deux premières journées passées dans cette ville, nous avons beaucoup marché, visité et regardé vivre ce peuple. Nous avons été surpris par les petits boulots, parfois humbles et surprenants pour nous occidentaux. Dans ce pays où le chômage n’existe pas officiellement, c’est une façon de perpétuer une valeur universelle liée à la dignité de l’individu « travail égal salaire » Tout n’est peut être pas parfait sous ce régime, mais il existe encore quelques valeurs que l’on devrait importer et mettre en application chez nous en Occident. Surpris également par le nombre de panneaux et chauffe-eau solaires, par le nombre de vélos, cyclomoteurs et voitures électriques. Ce pays que l’on montre du doigt comme grand pollueur n’a pas attendu les conseils des donneurs de leçon pour se mettre « au vert »

Dans notre course à la découverte de la ville, une déception de taille : malgré sa proximité, nous n’avons pas visité la grande Muraille, ce monument exceptionnel qui défie le temps et impressionne encore par son gigantisme et son rôle dans l’histoire de la Chine.

PEKIN / LHASSA

Le temps passe et nous sommes encore loin du départ de notre raid cyclotouriste Tibétain.

Ce soir, une nouvelle découverte nous attend à la gare centrale de Pékin : notre embarquement dans le train spécial Pékin / Lhassa. Elle est immense cette gare, logique, elle est à l’image du pays. Difficile de déchiffrer les indications portées sur les panneaux et sans notre guide, nous serions tous perdus dans cette grande marée humaine. Tout un peuple semble s’être donné rendez-vous dans ce hall grandiose. Les voyageurs se croisent, s’interpellent, du cadre Chinois à la tenue stricte, au paysan tibétain avec son baluchon, chacun suit son chemin pressé de retrouver son poste pour le cadre, ou sa famille pour le paysan, avec en poche une poignée de Yuans gagnée dans une transaction réussie.
 

Dans ce train, nous y resterons 47 heures pour un trajet de 4.561 km ; une véritable expédition à travers les immenses plaines de la Chine agricole avant de passer les montagnes du Tibet central par des cols à plus de 5.000 mètres. Construite pour des raisons stratégiques, économiques et politiques de la Chine, cette ligne ouvre une brèche et une pénétration sans précédant dans la région centrale du Tibet, province totalement fermée au progrès et repliée sur elle-même depuis les origines. Sa construction a été le grand défit technologique du 20ème siècle. Elle comptabilise plusieurs records : en altitude, elle est supérieure de 200 mètres à la ligne des Andes « Lima / centre du Pérou » Elle possède la station la plus haute du monde à 5068 mètres au col de Tanggula. A noter que cette station est purement symbolique. Elle a été voulue dans le seul but d’assurer la suprématie technologique de la Chine. A cette gare, personne ne descend ni ne monte dans le train pour la bonne raison qu’il ne s’arrête jamais.

Cette ligne possède le tunnel le plus haut du monde à 4.905 mètres. Environ 1.000 kms de ligne sont construits à plus de 4.000 mètres et 600 km sur des terres gelées en permanence en raison de l’altitude. L’ensemble de ces prouesses a nécessité une technologie de pointe et des moyens humains et matériels hors du commun. Pour l’histoire, un certain JU JINTAO , administrateur du Tibet de 1988 à 1992 organisa une répression sévère contre les indépendantistes et les religieux tibétains avant de procéder lui-même à l’inauguration de cette ligne le 01/07/2006. Aujourd’hui, c’est le premier personnage de la Chine …..

Tracée dans l’immensité des hauts plateaux tibétains, elle offre aux regards des courbes gracieuses et s’intègre parfaitement dans le paysage, pratiquement toujours construite sur des pilotis en bétons en raison des marécages et des nombreux torrents qui dévalent la montagne ; l’ensemble des travaux est en harmonie avec la réussite générale de l’ouvrage.

Si ce train, de l’extérieur a tout l’air d’un grand, vu de l’intérieur, il me parait nécessaire de nuancer les commentaires et les appréciations. Spectateur d’une émission télé sur ARTE, ce train a été présenté comme un véritable palace, luxe et espace vital, les compartiments ont été assimilés à de véritables salons ambulants. Cette présentation est certainement exacte pour les wagons réservés aux dignitaires Chinois mais il n’y a aucune comparaison avec le reste du train 1 / 2/ et 3ème classe.

Les équipements couchettes non escamotables, sont dépassés. Dès la première nuit, les espaces communs et les toilettes sont hors service, saturés à la limite de l’acceptable.

Malgré les jeux de carte et la beauté des paysages qui défilent, c’est avec soulagement que nous pénétrons en gare de Lhassa, terminus de ce « train spécial » après 47 heures de vie commune sans la possibilité d’une toilette minimum.

LHASSA :

Cette gare, neuve comme la construction de la ligne, impressionne par sa grandeur. Décidément les Chinois voient grand et envisagent l’avenir  de cette région avec optimisme. Tout nous semble différend, surdimensionné. Nous devrons nous habituer.- « Ici, nous sommes au Tibet » une réflexion martelée à plusieurs reprises tout au long du voyage par notre responsable de groupe. A peine débarqués, nous sommes rattrapés par l’histoire récente de cette région et par l’actualité brutale qui règne sur Lhassa.

Pour sortir de la gare, nous devrons franchir une zone neutre de 200 mètres de large, matérialisée par un cordon de militaires, disposés tout autour de la gare. Cette zone est interdite à tous les véhicules et piétons.

Notre guide officiel nous égrène une série de mises en garde et d’interdictions auxquelles nous devrons nous conformer pour notre sécurité :
- Interdiction de photographier les édifices publics, militaires et policiers. - A l’hôtel le soir, interdiction de s’éloigner de plus d’un km du lieu indiqué sur les fiches. Cette foule de mesures préventives a le mérite de calmer les ardeurs et de nous inciter à la prudence. Il semblerait effectivement que quelque chose a changé par rapport à la Chine.Le Tibet malgré l’ouverture récente des frontières aux touristes « 1er avril 2009 »  reste un pays sous haute surveillance et le touriste ne doit pas l’oublier…

Lhassa : 200 000 habitants, capitale du Tibet, va durant les deux prochains jours, constituer le cadre de nos visites. Une ville tout en longueur, coincée entre les montagnes à 3.650 mètres d’altitude : excepté le centre historique et ses nombreux temples, elle n’a rien d’exceptionnel.

Le Potala, ancienne demeure et palais gouvernemental du Dalaï-lama, constitue l’attraction touristique majeure de la ville. Construit sur un piton rocheux, sa façade blanche et pourpre domine la vallée et demeure le but suprême des religieux bouddhistes du pays. C’est le lieu emblématique et incontournable de la population Tibétaine, laquelle est entièrement acquise au bouddhisme et porte une vénération à tout ce qui touche le Dalaï-lama. Une ferveur que nous occidentaux avons du mal à comprendre.

Durant des journées entières, en provenance de lieux situés à des centaines de kms, une foule de fidèles se presse autour de l’édifice, toujours dans le sens des aiguilles d’une montre et se prosterne à intervalles réguliers, en actionnant leur moulin à prière, lesquels tournent également dans le même sens. Ces manifestations religieuses s’effectuent sous l’œil bienveillant des autorités Chinoises en faction à proximité. En permanence les forces de l’ordre et les policiers en tenue de maintien de l’ordre sillonnent la ville en tout sens, prêts à intervenir au moindre rassemblement ou désordre. Sur le territoire du Tibet, on compte actuellement un militaire ou policier pour vingt habitants. Par contre, à chaque point de contrôle dans la ville, des invitations aux soins gratuits (visite de spécialiste ou dispensaire) sont signalés. C’est la politique de la main de fer dans un gant de velours.
Les moines : ils sont maintenant invisibles dans la ville, tous consignés à l’intérieur des monastères situés loin de la ville dans le seul but d’éviter tout contact avec la population. Seuls quelques vieux, certainement acquis à la volonté des occupants, restent à l’intérieur du Potala afin d’assurer les travaux d’entretien et le fonctionnement du site.

De la visite intérieure du Potala, je garderai une vue très luxueuse, des pièces plongées en permanence dans la pénombre et portant sur la totalité des murs et plafonds des peintures très colorées avec de nombreux motifs lesquels accentuent l’impression de pénombre et de surcharge.

Sur le fonctionnement administratif et l’histoire de l’édifice, note guide a fait preuve d’une insuffisance affligeante avec peu de commentaires, un constat qui hélas a enlevé tout l’intérêt que nous étions en droit d’attendre d’une telle visite. De la situation très spéciale du Tibet, il est très difficile de cerner la réaction de la population face à la série de mesures très musclées prise par les autorités Chinoises. Certains sont favorables à cette présence car elle apporte la technologie avec des équipements publics et privés, le progrès avec de meilleures conditions de vie, le tourisme et des retombées commerciales non négligeables. Le pays sort de son isolement et s’ouvre sur le monde et l’enseignement obligatoire (en Chinois exclusivement).
D’autres regrettent la disparition de leurs valeurs culturelles, religieuses et de leurs traditions, obligés de se convertir à un mode de vie qui n’est pas le leur…Une prise de position défendue essentiellement par les moines et les religieux.
Une certitude, la population Tibétaine dans son ensemble, fortement convertie au bouddhisme et accrochée à ses valeurs et à son mode de vie ancestrale ne pourra jamais se diluer dans la société Chinoise. Un gouffre sépare ces deux peuples et la volonté de l’un, si forte soit-elle, ne pourra jamais convertir l’autre, ni effacer les différences culturelles.

20 / 09 / 2009

Déjà une semaine de passée et toujours pas de vélo, on oublie presque le but du voyage :

« Le toit du monde à vélo » Aujourd’hui, afin de peaufiner notre condition à l’altitude, une petite sortie est au programme, essayage et réglage de nos superbes vélos achetés à Pékin et que nous espérons bien revendre à Katmandu !!!!

-Tiendront-ils la distance compte tenu des routes défoncées de la région ?

La pluie s’invite à la sortie et la montagne toute proche a pris sa tenue hivernale, toute la chaîne est recouverte de neige fraîche. Ce changement de temps et surtout la neige toute proche nous inquiète fortement. Chacun réalise que notre expédition ne sera pas facile si le mauvais temps s’installe durablement en altitude. Jusqu'à ce jour nous avons toujours eu chaleur et ciel bleu et cet aspect météo, nous l’avions totalement oublié….

Après une première semaine, la nourriture tibétaine nous pose un réel problème, pas fameuse et vraiment spéciale. Avec un tel régime, presque exclusivement composé de légumes, nous risquons de perdre quelques kilos.

L’après midi de cette dernière journée à Lhassa est consacré aux préparatifs du départ, bouclage des valises et choix de la tenue cycliste en fonction du temps, une véritable inconnue….


LHASSA / LAC NAMTSO ou lac céleste
 

A l’image d’une compagnie de jeunes scouts, tout l’ensemble du groupe est impatient et joyeux à l’idée de débuter enfin cette grande aventure au Tibet. Dernier passage devant le Potala pour la photo souvenir et avec soulagement nous sortons enfin de la ville et de son trafic routier saturé à cette heure matinale. Circuler à vélo dans cette jungle de véhicules, représente toujours un danger maximum, les règles de circulation sont inexistantes et la pollution par rejet de fumée, difficilement acceptable. Cette première étape, dans une large vallée, nous permet de prendre doucement mais de façon continue de l’altitude avec un premier col à 4.718 mètre

La population semble s’être donnée rendez-vous sur les minces parcelles agricoles. Cultures maraîchères, en grande partie destinée à la ville de Lhassa : céréales, seigle et orge, récoltées et coupées à la faucille, chacun s’active profitant des derniers beaux jours avant l’automne et le froid. Les bras, certes nombreux, des enfants femmes et hommes sont les seuls outils au service de l’agriculture. La technologie et le progrès ne semblent pas encore avoir fait leur apparition dans cette contrée reculée du Tibet.

Plus haut dans les herbages le long du torrent, nous avons l’occasion de contempler les troupeaux de yacks. Cet animal, plus petit que la vache ou le zébu est l’animal providentiel du Tibet. Parfaitement adapté à son environnement, avec son pied très sûr dans les éboulis, il est bête de somme et utilisé pour le transport. Avec ses longs poils, on tisse les couvertures, il participe aux labours, donne sa viande, son lait et sa peau pour le cuir. Avec les bouses, récoltées et séchées avec précaution pour l’hiver, c’est le seul combustible disponible sur les hauts plateaux, il assure la chaleur du foyer familial. Il arpente le flanc des montagnes jusqu’à 5.000 mètres d’altitude où son régime alimentaire se compose uniquement de petits résineux ne dépassant pas 20 cm de haut. A l’horizon se dressent les hautes montagnes d’où émergent quelques pics étincelants dans le soleil. Quelque soit l’endroit où l’on se trouve, le regard est prisonnier de ces chaînes de montagne qui se prolongent à l’infini. Cette première journée de vélo nous conduit à Yangpachen, petit village perché à 4000 mètres d’altitude.

Au terminus de l’étape, notre surprise est grande, où sommes nous arrivés !!!!!
 

Bourgade perdue au fond d’une vallée, la vie de ses habitants nous semble figée dans le temps totalement imperméable au progrès. La rue centrale est jonchée de détritus, flaques d’eau boueuse provenant des égouts. Animaux domestiques et habitants évoluent ensemble dans un état de grande insalubrité. Sur le sol sans protection, une vache a été abattue et dépecée sur place, chaque habitant vient se ravitailler, choisit son morceau et rejoint sa demeure. Une meute de chiens installée tout au tour attend sagement son heure pour récupérer un morceau oublié ou simplement nettoyer la place. A contempler cette scène nous réalisons que nous sommes très loin de nos normes européennes. Pourtant la vie quotidienne se poursuit ainsi depuis toujours, sans soucis d’hygiène ou de normes alimentaires, cet aspect de la vie courante lié à la propreté en général est la dernière de leur préoccupation.
 

A l’hôtel Tibétain, nos chambres sont rudimentaires et l’espace individuel très restreint. Le coin toilette situé dans le couloir se résume à une simple bassine avec l’eau à proximité dans un bidon de récupération. Ces conditions d’hébergement sont sommaires et chacun apprécient selon sa propre conception du confort.
Ce matin, pas de soleil, les nuages sont menaçants et le froid incisif. Le passage de notre deuxième col se fera sous un mélange de neige et de grêle très désagréable. Sur le versant des montagnes, la limite neige est toute proche et les yacks imperturbables sous ces conditions difficiles portent sur le dos une fine pellicule de neige qui leur donne l’apparence d’animaux préhistoriques….

En raison de l’éloignement entre les villes, pas de restaurants sur notre route, pour toute l’équipe ce sera pique-nique. A proximité de notre arrêt, un nuage de vapeur d’eau s’élève doucement dans l’air froid , de nombreuses sources émergent des marécages et forment un ruisseau où l’eau est à 40° environ. Ce phénomène est courant dans la région et atteste que ces vastes zones montagneuses sont toujours sous l’emprise de forces titanesques et que rien n’est définitivement figé dans le temps.

Passé le col, la météo s’améliore très vite, le soleil s’invite et la montagne nous montre sa belle parure blanche. Après un très long faux plat descendant le long d’une vallée où passe également la ligne ferroviaire Pékin / Lhassa, La ville de Danxung met un terme à cette deuxième journée de vélo et à notre grande satisfaction, nous retrouvons des conditions d’hébergement très acceptables. Cette ligne ferroviaire, nous l’avons longée sur de nombreux km et avons admiré l’ampleur du chantier. Ponts, viaducs, tunnels, courbes gracieuses, remblais et pilotis, où l’ensemble constitue un travail remarquable et met au grand jour toute les difficultés rencontrées par les ingénieurs pour réaliser le tracé et la construction de cette ligne, sur un terrain particulièrement difficile et exigeant.

     
 
A
ujourd’hui, chacun est inquiet, au programme figure notre premier col de plus de 5.000 mètres (5.190 mètres). -Comment allons-nous passer ce test grandeur nature ? Avec un départ sous un soleil généreux, un long faux plat nous conduit à l’entrée d’une zone très montagneuse classée Parc Naturel.

Passé cette limite, chacun poursuit sa route selon son ardeur et sa forme. A l’entrée d’un défilé très étroit, la pente oscille entre 12 et 15%. Le paysage est magnifique mais la difficulté et l’air de plus en plus rare complique sérieusement notre faculté d’observation. Brusquement, amplifié par l’étroit couloir matérialisé par les hautes falaises, le vent se lève et de gros nuages très menaçants s’installent sur la montagne. La grêle et la neige s’invitent et très vite le froid devient mordant et agressif. Confiant au vu du soleil matinal, je réalise que j’ai oublié mes gros gants dans le véhicule d’accompagnement et celui-ci se trouve déjà au sommet du col. Handicapé par le vent et la grêle très fine qui s’infiltre partout, j’ai très froid aux mains.

Un véhicule de Police me double et s’arrête quelques mètres plus loin. Seul à bord, le conducteur lève le pouce, une interrogation afin de savoir si tout va bien !!!! En frottant mes mains, je lui signifie que j’ai très froid aux doigts….Alors calmement, il fouille dans son véhicule et me tend une grosse paire de gants en laine. Par ce geste simple, l’espace d’un instant nos regards se croisent et se fixent, il s’établit une compréhension mutuelle où il n’y a plus de frontière ni d’incompréhension de langage mais simplement une relation humaine guidée par des sentiments humains et une volonté d’entraide, bien au dessus des idéologies et conception de société propre à chacun.

Ce col si lointain et si haut, après bien des efforts est enfin franchi. Le mauvais temps persiste et s’aggrave et de ce fait, il devient impossible d’immortaliser ce nouveau record d’altitude par la photo traditionnelle. Après le regroupement général nous nous lançons dans une courte descente qui débouche sur une vaste plaine balayée par le vent. Il reste 30 kms pour rejoindre notre hébergement, d’une facilité déconcertante sous de bonnes conditions, aujourd’hui, ce sera une épreuve de galériens. Une grosse tempête de neige, poussée par un vent froid et violent sévit sur tout le plateau et nous complique sérieusement la tâche. Notre progression est de plus en plus difficile, le froid s’infiltre partout, nous paralyse et coupe toute volonté à poursuivre. Nous profitons d’une construction abandonnée, abri précaire contre le vent pour mettre fin à cette étape et attendre le véhicule d’accompagnement. Vaincus par les éléments hostiles, c’est un abandon à 10 km seulement du but final.

Nous venons de découvrir les rudes conditions météo qui sévissent dans l’Himalaya. Des conditions brutales et imprévues qui rendent toute entreprise très incertaine et dangereuse. A l’insu de notre volonté, cet épisode neigeux nous aura offert un moment fort, un de ces moments qui feront les meilleurs souvenirs dans ce voyage d’exception. Arrivée au village, bien au chaud, dans la grande salle commune, tous réunis autour du poêle à bouses de yack, les mains tendues à la recherche de la moindre parcelle de chaleur, nous mesurons l’intensité de cette rude journée et pour notre confort, l’efficacité de ce mode de chauffage inconnu.

Au matin, le lac NAMTSO, premier objectif du voyage, nous apparaît dans toute sa beauté. D’un bleu profond rehaussé par la blancheur des montagnes présentent tout autour, l’épisode neigeux de la veille a amplifié les contrastes et fait de cet endroit un panorama de carte postale. J’ai du mal à détacher mon regard de ces montagnes majestueuses qui barrent tout l’horizon du haut de leur 7.000 mètres. Des conditions météo d’hier, particulièrement défavorables, plus aucune trace et l’on imagine avec peine qu’elles aient pu exister, aujourd’hui pas un nuage et un grand ciel bleu.

Cet endroit me semble magique, céleste comme le lac NAMTSO, vénéré par les Tibétains et considéré comme sacré au point d'en interdire la pêche et la navigation sur toute sa surface. Long de 80 km sur 30 de large, légèrement salé et d’une profondeur moyenne de 30 mètres, c’est le lac le plus haut du monde à 4.700 mètres et l’un des sites les plus visités de la région. Il n’est pas exagéré de considérer cet endroit comme un véritable paradis pour touristes. Ils sont nombreux les touristes, principalement Chinois, à visiter cet endroit. La population locale essentiellement au service du tourisme, va bientôt rejoindre la vallée et des températures plus clémentes. En effet dans une dizaine de jours, il n’y aura plus âme qui vive en ce lieu, la saison terminée, cet endroit retrouvera sa beauté naturelle et sauvage et l’hiver apportera son épais manteau neigeux et plongera pour de long mois, toute la région dans un profond sommeil. Cet endroit extraordinairement beau, bien que situé au début du voyage, m’a enchanté et comblé mes attentes sur ce que j’espérais découvrir des paysages de l’Himalaya.

Après une journée passée à parcourir à pieds les collines, nous devons nous résigner à quitter ce lieu idyllique pour regagner Lhassa. Malgré une température matinale très basse pour notre départ, environ O°, chacun pédale avec ardeur sur cette vaste plaine, rien de comparable avec notre arrivée sous la neige et le vent. Au loin, le lac forme une large bande bleu foncé sur la ligne d’horizon. Les montagnes tout au fond sont étrangement belles, toujours d’une blancheur éclatante. L’ensemble, avec l’azur d’un ciel sans nuage forme un tableau d’un naturel saisissant. Se profile bientôt le col. Escaladé péniblement sur l’autre versant, sous la neige et dans le froid, aujourd’hui la difficulté majeure se résume aux trois derniers kms entre 10 et 12%.
A la satisfaction générale, aujourd’hui nous aurons notre photo souvenir, la première à 5.190 mètres

 REPAS CHEZ L’HABITANT «  A haut risque »

Parvenu à la sortie du parc, après le regroupement général, une Tibétaine cherche le responsable du groupe avec l’intention de nous inviter à partager le repas de midi dans sa demeure. Après concertation avec le guide officiel, l’invitation est acceptée. Ces gens, éleveurs de yacks avec un troupeau d’environ 200 bêtes, sont l’une des familles les plus aisées du village.
 

Parvenus à la demeure familiale, en l’attente du repas, nous visitons l’habitation et ses alentours. Curieusement, malgré les moyens affichés, l’ensemble du travail se fait entièrement à la main, foins et céréales sont coupés à la faucille et transportés à dos d’homme. Peut être une coutume pour employer l’ensemble de la famille très nombreuse, trois générations vivent sous le même toit. Le repas, préparé avec soins, est enfin près. Il est incontestable que les femmes ont mis tout leur savoir dans la préparation, légumes, riz et viande de yack bouillie, en somme le repas traditionnel tibétain. A la fin, en guise de digestif, un lait de yack est servi dans des verres à liqueur. C’est parait-il la coutume à la fin d’un repas. (Pourquoi pas, nous avons bien nos alcools) 

Le repas fut long et notre retour à l’hôtel sérieusement retardé. Compte tenu de ce contre temps le réceptionniste zélé a téléphoné aux autorités pour signaler notre retard. Il ne leur a pas fallu longtemps pour savoir que nous avions déjeuné chez l’habitant, ce qui est formellement interdit par les autorités Chinoises. Nos responsables ont été mis en garde. « A l’avenir, cette initiative ne doit plus se renouveler sous peine d’annulation des visas et de reconduite immédiate à la frontière ».Un message clair que nous respecterons à la lettre afin de terminer notre voyage dans la tranquillité.

Notre parcours retour sur Lhassa se poursuit sans grand intérêt, même avec une certaine frustration car nous empruntons le même itinéraire qu’à l’aller. Il est vrai que les routes ne sont pas nombreuses et un autre itinéraire nous aurait obligé à emprunter une piste avec quelques cols et deux jours de vélo supplémentaires.

LIAISON : LAHSSA / DINGRI

Cet itinéraire ne représente pas l’attraction majeure du voyage. La sortie de Lhassa s’est révélée très pénible, route en mauvais état, paysage sans intérêt et forte circulation en raison de l’aéroport situé à 40 Kms de la ville. Par manque de reconnaissance et de sérieux, une erreur de 40 kms en plus nous a obligé à finir cette étape en bus et malheureusement sur sa portion la plus belle, ajoutant un regret supplémentaire. Alors que nous étions sur le point de terminer cette difficile journée, nous sommes stoppés par un contrôle sanitaire, appuyé par un fort contingent de police.

-La grippe A se serait-elle invitée en ces contrées reculées du Tibet ?
 

Policiers, médecins et infirmières en grand nombre, contrôlent tout se qui bouge, autorisation de circuler, véhicule, passeport, et prise de température. Un contrôle important, sur un carrefour stratégique mais dont l’efficacité et l’utilité reste à démontrer. Sur le point de poursuivre à notre hôtel, il nous est signifié que cet hôtel ne peut nous recevoir car il est complet !!! En réalité, le seul du village, a été réquisitionné par les autorités chargées de ce fameux contrôle sanitaire. Il ne nous reste plus qu’à chercher un autre gîte pour la nuit. En définitive, le hasard nous est favorable, le restaurant situé à proximité du carrefour accepte de nous loger pour la nuit si nous ne sommes pas trop exigeants sur le confort, simple banquette et sans eau pour la toilette. A ce stade du voyage nous en avons maintenant l’habitude et en définitive, la nuit n’a pas été trop mauvaise…

Sur la route de Xigaze, deuxième ville du pays, nous retrouvons la montagne et ses paysages variés. Elle s’impose partout et ne laisse que peu de place aux rares habitants qui survivent en ces lieux. Peu de végétation, quelques touffes d’herbe accrochées à la rocaille, constituent la seule nourriture des troupeaux de moutons et de yack qui parcourent ces grands espaces. Partout la couleur marron domine, celle de la terre mise à nu par les troupeaux et phénomène naturel, chaque précipitation pluvieuse ou fonte des neiges accentue la dégradation du sol. De profondes crevasses sillonnent le flanc de la montagne, toujours plus larges et profondes, terre et rocailles dévalent la pente et finissent dans le torrent bouillonnant. Au plus près du torrent lorsque l’espace le permet, les paysans cultivent l’orge sur de minces terrasses. Un travail harassant pour l’entretien des minuscules parcelles et la récolte des céréales, lorsque celles-ci ne sont pas simplement emportées par les coulées de boue très fréquentes.

Xigaze est une ville très animée. A visiter le marché central, on s’aperçoit qu’elle est dotée de tous les biens de consommation courante, matériels et nourriture. Comme dans le reste du pays, l’hygiène fait défaut et je suis surpris par l’étalage de la viande et des abats, parfois sur le sol. Des carcasses séchées de mouton sont proposées aux acheteurs et j’aimerais savoir le mode de préparation à la consommation. Nous sommes le 1er octobre et au Tibet comme dans le reste de la Chine, c’est le 60ème anniversaire de la révolution culturelle Chinoise. Dans chaque boutique, chaque maison, partout où c’est possible l’ensemble de la population est à l’écoute devant la télévision pour ne rien perdre des festivités chinoises organisées en l’honneur de cet événement important de la nation Chinoise.

-Pékin a vu grand et a voulu pour ces festivités : grandeur et perfection.

Le spectacle est grandiose et j’avoue être impressionné par les images qui défilent. Les commentaires sont inutiles, le spectacle parle de lui-même. Des défilés militaires, remarquables de perfection, à la parade de la jeunesse sur l’immense place Tienanmen, la Chine montre sa force, son savoir, sa capacité à organiser, ce qu’elle a de mieux et de plus beau dans un seul but: impressionner et séduire le monde. Je contemple à chaque passage devant une télévision, comme beaucoup de Tibétains l’ensemble des festivités, et un seul sentiment domine :
- C’est beau et grandiose, le but est atteint.
La perfection des défilés militaires et leur ampleur, la discipline et la rigueur me rappellent d’autres images tournées en Europe quelques 70 ans plus tôt.Pour tous ceux qui en doutent encore, la Chine est bien réveillée et elle le montre.

Aujourd’hui, c’est l’étape du record absolu, ce sera également l’une des plus belles et par conséquence la plus difficile. Ne sommes-nous pas venus en ces lieux pour gravir ces cols où l’oxygène se fait rare et où la vue se perd sur l’ensemble de ces montagnes majestueuses ? Dès le départ, c’est un long faux plat qui nous conduit hors de la ville pour nous placer dans une très étroite vallée au pied de la difficulté majeure, une longue montée de 30 kms jusqu’au col Tacuola à 5.248 mètres. De chaque coté de la route d’énormes falaises forment un étroit couloir, en bas un torrent gronde. Ce paysage sera notre univers sur 20 km, parfois un troupeau de moutons chemine de rochers en rochers le long du torrent à la recherche de rares brins d’herbe. A l’abri des vents dominants, derrière un énorme rocher, on distingue une tente avec à proximité le gardien surveillant son troupeau.

Dans cette vallée, depuis la nuit des temps, rien n’a changé et rien ne changera avant plusieurs années. La vie s’écoule lentement, sans surprise, rythmée par les saisons et les bergers nomades se moquent des problèmes que pose l’occupant Chinois pour le Tibet. Cette vallée, étrangement belle et sauvage, nous la suivrons longtemps toujours en légère ascension. Puis brusquement arrive la fin du couloir, les falaises cèdent la place aux rochers, notre champ visuel s’élargit et nous découvrons un espace où monts et vallées se mêlent. Avec ce nouveau paysage, chacun scrute la ligne d’horizon à la recherche du passage, ce col mythique qui semble se dérober. Hélas, pas de passage en vue, il nous faut encore monter malgré la respiration qui devient de plus en plus courte par le manque d’oxygène

Dans un virage, environ 20 mètres en contre bas, un camion est couché sur le côté, la cabine écrasée et son chargement éparpillé dans la rocaille. Les accidents sur ces routes étroites et tortueuses sont nombreux et être chauffeur routier dans ces contrées n’est pas un métier facile surtout avec des véhicules dont les visites périodiques ne sont pas d’actualité.. Persuadé que nous finirons bien par arriver à ce col, passage obligé, la montée se poursuit très lentement. Dans l’ascension d’un col à cette altitude, le physique n’intervient pas en priorité, seule la volonté  et une grande discipline intérieure permettent de réguler la respiration et de terminer sans affolement. Peu importe la vitesse, surtout ne pas chercher à accélérer, « de toute façon, c’est impossible », la joie et le bonheur d’un tel instant, l’un des buts du voyage, se manifesteront immanquablement au sommet, quelque soit l’heure de passage.
 

Il est enfin en vue ce col magnifique, le plus haut de notre raid. Comme la coutume l’exige, tout un enchevêtrement de rubans à prière jalonnent et matérialisent le sommet, lequel est également l’entrée du parc naturel de l’Everest. Cet instant tant attendu, je le garderai longtemps en mémoire. Ce point stratégique du voyage sera sur la photo souvenir avec une pensée particulière à mes proches, mes amis et pour le club où les couleurs du maillot resteront associées à cette borne matérialisant l’altitude de 5.248 mètres, un pur instant de bouheur. Le but secret que chacun s’était fixé est atteint et personnellement je suis heureux et fier d’avoir réussi, heureux également que les circonstances de la vie m’aient donné cette opportunité. La température est proche de 0°, quelques flocons de neige s’échappent des nuages et tourbillonnent comme pour nous inviter au départ. Il devient impératif de s’habiller chaudement avant de se lancer dans la descente en direction de Dingri, terme de l’étape.


DINGRI / Mt « QOMOLANGNA »

Dingri est une petite ville au milieu de nulle part, entourée de montagnes et située sur un axe important : la route de Lhassa à Katmandu (Népal).
 

 A la sortie de la ville, une piste oblique sur la gauche et conduit les nombreux touristes en provenance de Lhassa vers le camp de base de L’Everest, ou Mt Qomolangna en langage tibétain. Cette destination, haut lieu et but mythique de nombreux alpinistes et touristes montagnards est une formidable manne financière pour l’administration Chinoise, péages à l’entrée du parc et péage à chaque pallier (camp de base et N° 1 / 2 / 3 /4 …)… Cette piste, nous aurions aimé la négocier en VTT, comme beaucoup d’autres groupes « Allemands pour la plus part ». Hélas notre responsable en a décidé autrement, pretextant qu’il était impossible de la négocier en VTT, trop difficile et trop longue pour rejoindre le camp de base dans la journée, une frustration supplémentaire. De l’intérieur du bus, elle nous apparaît effectivement très impressionnante et nous mesurons la somme d’énergie à fournir pour se hisser en haut du col « Pang La » à 5.100mètres. Comme sur la majeure partie du pays, la montagne est totalement dénudée, et toujours ces précipitations de terre et de roches vers la vallée.

Parvenus au col, nous sommes subjugués par le panorama qui s’étale face à nous. La chaîne principale de l’Himalaya s’étire face à nous avec ses sommets prestigieux à plus de 8000 mètres. Ils sont tous là, légèrement enveloppés d’un voile nuageux.


L’Everest et son petit frère, le Lhotse, blotti à ses pied, le Makalu, le Cho-oyu et le Xixiabanha pour ne citer que les principaux, à leurs pieds des glaciers : de longues langues de glace s’étirent vers la vallée. Cet instant de découverte constitue l’un des moments forts du voyage et chacun apprécie et contemple à l’infini cette merveille de la nature. Cette ligne de sommets partie de l’Inde constitue également la frontière naturelle entre le Tibet et le Népal avant d’aller s’infléchir au Pakistan et mourir sur la frontière de la Turquie, un parcours gigantesque qui place ces montagnes au sommet de l’univers. La descente du col est égale en difficultés à la montée et j’imagine la joie que l’on doit ressentir à faire cette descente en VTT, sur un terrain de jeux aussi grandiose dans un environnement naturel classé hors norme.

CAMP DE BASE  DE L’EVEREST

Altitude 5.200 mètres : le sommet de l’Everest culmine à 8844 mètres et se trouve à 12 kms environ, neige et glacier n’apparaissent qu’a l’altitude de 6000 mètres, dès le camp N°2. Nous aurons beaucoup de chance pour la visite des lieux.
 

Au soir de notre arrivée, l’Everest nous est apparu majestueux, énorme masse blanche se découpant sur l’azur du ciel. Puis lentement sous l’action du soleil couchant, il a pris une teinte orangée pour disparaître lentement dans la pénombre. En pleine nuit, il est encore plus imposant, illuminé par la pleine lune avec les étoiles en toile de fond. Sans l’action du froid très incisive, je serais resté longtemps, seul à contempler cette superbe montagne. Difficile d’espérer meilleures conditions, l’ensemble du massif impressionne, fascine, je me sens infiniment petit et vulnérable devant cet univers glacial, domaine glaciaire et de la solitude, sorti de l’apocalypse d’une nature imprévisibe.

Beaucoup d’aventuriers sportifs, alpinistes de l’extrême, reposent pour l’éternité au fond d’une crevasse dans un linceul de glace, victimes de leur audace, de leur témérité ou simplement de leur amour de la montagne. L’homme depuis toujours cherche à dominer le monde et la nature, mission quasi impossible, cette dernière aime à rappeler de temps à autre qu’elle demeure maîtresse du jeu.

Cette vue restera comme la récompense suprême des efforts consentis et l’objectif maintenant atteint, est à classer dans le chapitre des souvenirs.

La journée de trekking autour du camp n’a fait que confirmer les impressions découvertes le soir de notre arrivée. Vues différentes au fil de nos déplacements mais toujours cette montagne imposante qui barre l’horizon, immense tableau placé là par une main de géant, et don inestimable d’une nature généreuse.

A l’écart de la piste, dans une petite crique, entourée de rochers, une petite tente en peau de yack, minuscule tache noire parmi la rocaille. A proximité quelques yacks et un couple de Tibétains ont élu domicile sur cet emplacement de luxe à 5.200 mètres, face au toit du monde avec une vue inégalable et imprenable sur la montagne. Ils sont totalement coupés du monde et à la merci d’un environnement hostile, sans aucune possibilité de secours. Hommes et bêtes sont étroitement liés et indifférents aux jours qui passent, une seule préoccupation anime homme et bêtes, trouver assez de nourriture pour assurer leur survie. 

Pour notre dernière nuit au camp le temps se dégrade, un vent violent secoue les parois de nos tentes et le froid s’infiltre partout. En l’absence de chauffage durant la nuit, chacun s’enfonce profondément dans son duvet. Le matin au réveil tout est uniformément gris, plus de vue sur la montagne, les nuages ont envahi tout l’espace, poussés par les violentes rafales, ils montent toujours plus haut vers les sommets.
De cette multitude de tentes à l’usage des touristes, dans quelques jours il ne restera rien. La saison touristique terminée, tout sera démonté, commerçants et fonctionnaires rejoindront la vallée pour résister à la rigueur de l’hiver. Notre retour sur Dingri s’effectue sans surprise. Au départ, sur l’étroite piste, le bus longe une haute falaise. Chacun scrute les hauteurs et constate combien il est dangereux de circuler sur ce tronçon. Les rochers sont instables et de gros blocs, tombés durant la nuit sont sur la piste. L’aventure se vit en continu et la chance toujours présente à nos cotés.

Parvenus sur le plateau où la circulation parait plus simple et moins dangereuse, nous sommes témoin d’un accident. Un 4 X 4 transportant des touristes Chinois et roulant à vive allure s’est renversé, déséquilibré parce que l’on appelle « la tôle ondulée ». Ejecté dans l’accident, un blessé gravement touché au thorax gît à proximité. Loin de tout secours, nous le prenons en charge et l'allongeons dans l’allée centrale du bus, il sera déposé au prochain poste de secours.

Cette pensée de l’accident se fait à nouveau très présente et s’impose à chacun d’entre nous. - Que deviendrions-nous en ces lieux, loin de tout si un accident identique venait à se produire ? - Quelles en seraient les conséquences ?
La réponse à ces deux questions reste en suspend et l’on préfère l’oublier au plus vite, persuadé que notre bonne étoile continue à veiller sur nouS.

DINGRI / KATMANDU

Nous sommes sur la dernière ligne droite du voyage. Bientôt le Tibet ne sera plus qu’un souvenir : cap sur le Népal.

Nous empruntons l’unique route reliant les deux pays. Cet itinéraire est particulièrement chargé par les nombreux camions qui assurent le ravitaillement en tout genre entre la Chine et le Népal. Elle est bien morne cette étape, vaste plateau sans curiosité touristique. Nous traversons quelques villages où la population, comme dans le reste du pays, vit dans un dénuement matériel difficilement imaginable et toujours dans l’ignorance totale des notions d’hygiène les plus élémentaires.

Dans cette dernière portion de haute montagne avant d’amorcer la longue descente sur Katmandu, deux cols de 5.000 mètres sont au programme, séparés par une courte descente et un torrent à 4.800 mètres. Il fait beau mais le froid devient de plus en plus piquant. Les montagnes apparaissent encore plus belles, plus imposantes et plus blanches qu’ailleurs. Dans la longue montée de 30 kms vers le premier col, un vent violent nous harcèle de face, nous obligeant à fournir un effort supplémentaire. Elle sera encore très rude cette journée

En raison d’un éloignement trop important entre les villages, nous sommes obligés de bivouaquer et c’est précisément à cet endroit, entre les deux cols au bord du torrent que nous passerons la nuit. Cet endroit parait idéal, bercé par le chant du torrent, avec une vue panoramique imprenable sur l’ensemble des montagnes, chacun se prépare à passer une belle nuit sous les étoiles avec comme simple rempart une légère tente individuelle. C’était sans compter avec le froid de plus en plus mordant durant la nuit, au matin à la levée du corps il fait -10° et les bords du torrent sont pris par la glace. A nouveau, le moral est mis à rude épreuve et ce sera encore un départ sans toilette « non par manque d’eau mais cette fois par manque de courage »…. 

Une satisfaction, nous avons enfin dormi dans l’hôtel le plus étoilé du Tibet.

Ces deux journées passées en haute montagne, dans des conditions particulièrement difficiles attestent de la bonne santé du groupe et d’un mental particulièrement adapté à la circonstance.

Avec le recul, une question s’impose :

Comment ai-je pu traverser l’ensemble de ces épreuves sans le moindre ennui de santé, affronté l’altitude, le froid, la neige, la fatigue, parfois la faim et le manque d’hygiène ? Sans doute uniquement par l’envie de réussir et poussé par une motivation sans faille à atteindre le fameux but fixé. Ne dit-on pas que la volonté permet de franchir les montagnes ?
 

L’arrivée dans la petite ville de Nyalam met un terme à notre aventure Tibétaine et nous place tous au bord du ravin, ultime et vertigineuse descente de 40 km jusqu'à la ville frontière de Zham. Fini les hauts plateaux balayés par le vent et le froid. Fini les cols tant redoutés, appréhendés dans la crainte mais qui finalement nous ont apporté, joie, fierté et satisfactions. Fini les vastes étendues de terre et de roches, aux couleurs uniformes sans une touche de verdure, le Tibet avec ses 13 millions d’habitants, pour la plus part éleveurs nomades nous a fait rêver, nous a inspiré de la crainte pour finalement se laisser vaincre sans dommagea
 

Sur ces vastes étendues où règne la désolation et la pauvreté d’un peuple à l’avenir incertain, difficile d’imaginer que nous avons sous nos pieds les gisements de minerais précieux les plus importants au monde. Si l’on ajoute que le Tibet est considéré comme le château d’eau de l’Asie, la plupart des grands fleuves coulent vers la Chine, ce constat explique en partie la situation actuelle et l’emprise de la Chine sur cette province. En quelque sorte, ce pays est victime de ses extraordinaires richesses naturelles, victime également de la force et de l’ambition démesurée de son grand voisin.

Zham, petite ville frontière, accrochée à la montagne, vit en permanence dans la pollution automobile. Des files interminables de camions, en circulation alternée en raison de la faible largeur de la rue, polluent la ville de façon inquiétante. L’air est saturé de gaz d’échappement et difficilement respirable. Cette situation délicate est sans remède, le ravitaillement passe obligatoirement par le transport routier, un métier à hauts risques dans une région très accidentée, non sécurisée avec des routes défoncées et parfois bloquées pendant des heures afin de permettre l’exécution de travaux urgents.

Les chauffeurs, souvent d’origine Indienne sont de véritables virtuoses du volant, qualité indispensable sur ces itinéraires difficiles. Ils se déplacent souvent en famille et il n’est pas rare de voir au gré d’une cascade particulièrement bien placée, toute la famille procéder à la lessive, toilette et cuisine.









La descente sur Zham est impressionnante, une gorge très étroite, un torrent et la route parfois accrochée sur les falaises, sans protection pour les imprudents, avec le ravin profond de 100 à 150 mètres. Si l’on ajoute l’humidité, les travaux interminables, l’ensemble incite à la plus grande prudence sous peine de mettre un terme prématuré à la fin du voyage.

Nous sommes maintenant sur le versant Népalais sous l’influence des courants chauds et humides en provenance de l’Inde. Bloqués par les montagnes, les nuages déversent des pluies fréquentes sur la région avec pour effet, la reprise d’une végétation semi tropicale.

 

Zham, petite ville frontière, accrochée à la montagne, vit en permanence dans la pollution automobile. Des files interminables de camions, en circulation alternée en raison de la faible largeur de la rue, polluent la ville de façon inquiétante. L’air est saturé de gaz d’échappement et difficilement respirable. Cette situation délicate est sans remède, le ravitaillement passe obligatoirement par le transport routier, un métier à hauts risques dans une région très accidentée, non sécurisée avec des routes défoncées et parfois bloquées pendant des heures afin de permettre l’exécution de travaux urgents.

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Le poste frontière est en vue, un bâtiment imposant, très moderne, le torrent avec le pont classé zone neutre et côté Népalais des locaux très ordinaires font office de bureaux.

Trois heures ont été nécessaires pour le passage. Bagages et passeport ont été contrôlés minutieusement. S’il n’est pas facile d’enter en Chine, il est également très difficile d’en sortir…. Les personnels administratifs chinois, uniforme et tenue irréprochable, font preuve d’une conscience professionnelle très pointilleuse.

Côté Népalais, 10 minutes ont suffit aux formalités d’usages. Après lecture de la liste, vérification des visas et l’apposition d’un tampon sur le passeport, « Circulez, c’est terminé ». Pas d’ordinateur visible dans les bureaux, le personnel est en civil (dont l’un en charentaise) Cette différence de méthode est significative de la rigueur et des moyens financiers de chacun des pays.

Après ce passage symbolique entre deux systèmes, je me sens soudain léger, délivré d’un poids indéfinissable mais terriblement handicapant. Les formalités de douanes terminées, nous devons reprendre la route, avec le handicap nouveau d’une circulation à gauche.
« Bien que les Anglais n’aient jamais envahi le Népal, ils ont abondamment pourvu leur armée de soldats Népalais et de ce fait en reconnaissance, le pays aurait opté pour le système Anglais et sa civilisation ».

Nous sommes un peu effrayés par l’absence de règle de circulation et nous nous sentons bien vulnérables sur nos vélos face à tous ces camions, où l’avantage de la priorité est au plus gros. Paradoxe de ce désordre autorisé, nous n’avons jamais constaté d’accident. C’est également un véritable concert de klaxon, chaque conducteur en use et en abuse sans motif précis.

A cette circulation très spéciale, il faut ajouter les poules, chèvres et enfants, lesquels jouent et traversent sans se soucier du danger lié à la circulation. Cette journée avec la tension nerveuse, le relief tourmenté de nombreuses et longues côtes aura été particulièrement difficile et c’est avec soulagement que nous terminons cette étape à Barabise. Demain, il ne restera que 30 Km pour arriver à Katmandu.

KATMANDU

Pour un groupe de cyclistes, entrer dans Katmandu relève de la roulette Russe. Une circulation monstrueuse et anarchique sur une route où beaucoup hésitent à s’engager en VTT.

Le danger permanent de la chute et surtout la peur de se retrouver à l’hôpital est présent à chaque carrefour, à chaque changement de direction. Personnellement je n’aspire qu’à une seule chose, arriver au plus tôt à l’hôtel avec l’assurance d’avoir accompli le plus difficile sain et sauf.

Katmandu, capitale du Népal avec 1,5 million d’habitants surprend par sa population très cosmopolite. La plupart des nations asiatiques sont représentées. Une ville très animée, avec de nombreux commerces, ouverte sur le monde et la tolérance, suite à une certaine philosophie de la vie issue de la génération « Hippie » des années 1960.

C’est également la ville la plus polluée d’Asie par un parc automobile en pleine expansion sur un réseau routier inadapté, dépourvue d’assainissement performant, cette métropole souffre d’une expansion incontrôlée et trop rapide face à des pouvoirs publics dépassés par l’ampleur des moyens à mettre en œuvre pour parer au plus urgent.


Circuler et visiter le cœur historique de Katmandu, c’est se plonger dans l’imaginaire d’une ville du moyen âge. Avec ses ruelles étroites et tortueuses, ses quartiers commerçants où tout un monde de camelots et marginaux s’active dans une ambiance chaleureuse, imprégnée par une odeur d’encens bien particulière à l’Asie. Dans les boutiques, le commerçant interpelle le touriste, parfois offre le thé pour mieux séduire, persuadé que lui détient ou confectionnera dans l’instant l’article rare dont il rêve.

Ce sont également les nombreux temples à visiter et les quartiers populeux où la vie n’est pas facile pour subvenir et assurer l’existence de la famille.

Dans la périphérie de la ville les ateliers d’ébénisterie et sculpteurs sur bois, les couturières fabriquent et confectionnent de véritables chefs d’œuvres pour les grandes boutiques du centre ville, une vie simple rythmée par la lumière du jour et qui restera encore pour longtemps en l’état.

 

En dehors de la ville, l’espace disponible est occupé par l’agriculture, principalement la culture du riz et du mais dont l’essentiel est destiné à la population de la ville. En dehors d’une zone largement occupée par l’élevage domestique et la culture, la montagne reprend bien vite ses droits. Les versants souvent abrupts sont couverts d’une végétation très dense favorisée par le climat humide et chaud. La visite de Katmandu et de ses environs mettra un terme à notre voyage cyclotouriste sur le toit du monde, avec un petit regret : il nous aura été impossible d’apercevoir l’Everest côté Népalais en raison des nuages accrochés en permanence à la montagne.


Ce petit regret est vite oublié par la perspective du voyage retour. Après cinq semaines passées à parcourir ces grands espaces, en ce qui me concerne, j’ai hâte à retrouver mes proches et la cuisine du pays. Ce voyage au Tibet aura été positif, largement à la hauteur de mes attentes avec les paysages grandioses de l’Himalaya. Le but essentiel fixé au départ est largement atteint. Les parcours avec les grands cols auront marqué de façon indélébile mes souvenirs d’une sensation particulièrement forte.

Mieux préparé, mieux équilibré par l’organisateur avec des commentaires et des explications à la hauteur des découvertes, ce voyage aurait pu être exceptionnel, bien que ce constat soit vite oublié devant la réussite globale de cette fabuleuse expédition himalayenne.

Regardez aussi:     Qinghaï Tibet railway de Pékin à Lhassa

                            Train du tiot du monde - Xining à Lhassa

Michel CORAND


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